♠️ No kids, no future ?
Le Bateleur #102 - Tous les vendredis, l'as de ♠ qui pique ton cœur et ton esprit. Penser, inventer et se réinventer, en 7 minutes de lecture - Gif et bande son inclus.
Une question enfantine
Il y a mille manières de parler de la natalité.
On peut en faire une question économique : croissance, retraites, productivité… et s’inquiéter du vieillissement démographique ou de l’équilibre des systèmes sociaux.
Mais ce n’est pas le sujet ici.
J’ai envie de parler de l’aspect symbolique et pourtant très concret : quelle place reste-t-il réellement à l’enfant dans notre société ?
Les anglo-saxons ont ce dicton :
“It takes a village to raise an elephant.”
De la même manière, je crois qu’il faut une société toute entière pour élever des enfants.
Autrement dit, l’éducation n’est pas seulement une affaire privée, elle est une affaire collective qui suppose un environnement adapté.
Lorsque la SNCF lance une “classe optimum” sans enfant, c’est un signal culturel. Le bruit dérange, le désordre qu’ils provoquent fatigue l’élite de la nation en conf’ call avec Londres.
Oui, l’enfant déborde et interrompt.
Mais dans ces aspects positifs, il ose, il joue, il pose des questions naïves qui forcent à reconsidérer ce que l’on croyait acquis. C’est un symbole puissant.
Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche décrit trois métamorphoses de l’esprit : le chameau qui porte, le lion qui s’oppose et… l’enfant, forme d’aboutissement de la pensée philosophique, qui représente la puissance de créer du futur.
Il ne s’agit pas ici de juger ceux qui choisissent de ne pas avoir d’enfants. Je précise d’ailleurs que je n’ai pas d’enfant donc je ne prêche pas pour ma paroisse.
La question est plutôt culturelle et collective.
Comment redonnons-nous une place à l’enfant, biologique et symbolique, dans nos villes, dans nos entreprises, dans nos imaginaires ?
Car sans enfant, il n’y a pas seulement moins de naissances, il y a moins de commencements.
Et sans commencement, tôt ou tard… il n’y a plus d’avenir.
Let’s dig in!
Kevin
Le glissement silencieux
Supportons-nous encore ce que l’enfance implique ?
Car si une société commence à ne plus tolérer ce qui dérange son confort, cela dit quelque chose de sa capacité, ou de son incapacité, à accueillir le vivant.
Le mouvement des lieux no kids prend de l’ampleur : croisières, restaurants, magasins interdits aux enfants pendant le Covid, car supposément vecteurs de maladie…
À chaque fois, il y a une justification rationnelle et contextuelle qui peut se comprendre. Mais mis bout à bout, ces signaux racontent autre chose.
Et puis, il y a les barrières invisibles, comme les trottoirs impossibles à naviguer en poussette et ne parlons même pas du métro parisien… Les espaces se ferment sans qu’aucune loi ne l’ordonne, ils deviennent simplement inhospitaliers.
On trouvera toujours de bonnes raisons pour tenir les enfants à distance, parfois même au nom de leur propre sécurité.
Mais, cela interroge au niveau symbolique.
Que rejetons-nous dans cette figure de l’enfant ? Pourquoi nous effraie-t-elle ? Que nous rappelle-t-elle que nous ne souhaitons plus voir ?
Ce que l’enfant bouscule en nous
Nous avons tous été un enfant.
Avant d’être des adultes socialisés, professionnels, organisés, avant d’endosser une persona cohérente et présentable, nous avons été ce petit être qui vivait sans masque, au sens de Carl Jung (quelques explications sur le concept de persona ici).
L’enfant jeune n’a pas encore appris à séparer ce qu’il ressent de ce qu’il montre. Il pleure quand il est triste, rit quand il est joyeux, se met en colère quand il est frustré. Il n’a pas encore intégré les codes de la maîtrise et de la convenance.
C’est peut-être là une première indication de notre malaise : l’enfant nous ramène à notre propre vérité intérieure.
Il nous rappelle le décalage possible entre la persona que nous avons patiemment construite et le Soi plus profond que nous avons parfois appris à taire.
Pour certains, ce grand écart est inconfortable. Mesurer la distance entre ce que nous sommes devenus et ce que nous étions peut être troublant.
La figure symbolique de l’enfant
Chez Nietzsche, dans les trois Métamorphoses de l’esprit, l’enfant est le stade ultime de la force vitale.
Après le chameau qui acquiesce et le lion qui dit non, vient l’enfant. Il incarne le courage de recommencer, la capacité de créer, l’innocence active qui dit “oui” à la vie.
Autrement dit : l’enfant est une forme de maturité supérieure.
Une société qui marginalise l’enfant “réel” finit par affaiblir la figure symbolique et se prive progressivement de sa capacité de recommencement.
En psycho, l’Analyse Transactionnelle nous rappelle que l’état du Moi “Enfant” est le siège de l’émotion, de la créativité, de l’élan spontané. Rejeter l’enfant à l’extérieur pourrait traduire aussi une difficulté à accueillir nos propres émotions à l’intérieur.
Si vous voulez explorer plus en profondeur l’histoire des trois métamorphoses.
Faire de la place au désordre
Sommes-nous encore capables de faire de la place à la figure réelle et symbolique de l’enfant ?
Faire de la place dans nos villes, dans nos espaces, dans nos conversations. Faire de la place à ce qui interrompt, à ce qui déborde.
Faire de la place, ce n’est pas idéaliser l’enfance. Ce n’est pas un bon pour tout accepter. Ce n’est pas nier la fatigue qu’elle peut provoquer, ni les contraintes qu’elle impose (croyez-moi, j’ai deux petites nièces “très actives”.)
Je crois que c’est plutôt une forme de lâcher prise collectif. Accepter qu’une société vivante ne soit pas parfaitement optimisée et parfois que les autres nous dérangent ou nous bousculent.
Une culture qui tolère, et même célèbre l’imprévu et le désordre relatif n’est pas moins efficace, elle est plus créative et féconde.
Au fond, défendre la place de l’enfant, ce n’est pas défendre une catégorie d’âge, c’est défendre une certaine idée de la vie.
Car sans enfant, biologique ou symbolique, il n’y a pas de commencement.
Et sans commencements… il ne reste que des fins.
Et vous, qu'en pensez-vous ?Un mot de l’auteur
Je m’appelle Kevin Pujol, je suis thérapeute psychopraticien en analyse transactionnelle et relation d’aide.
Mes accompagnements se font en ligne et dans mon cabinet à Saint-Malo, du lundi au mercredi.
Mon cabinet est un espace où vous pourrez :
Mieux comprendre et vivre vos émotions au quotidien
Mettre en lumière vos scénarios répétitifs et blocages
Vous recentrer sur ce qui fait sens pour vous
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🎧 Touch - Booba x Daft Punk (Remix)
Can i ask you one question now. Only one, always the same, what are you running away from?
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Merci Kevin c’est passionnant comme d’habitude !
On vit un cycle de société très conformiste depuis quelques années, avec une auto-censure collective amplifiée par les réseaux sociaux. Il y a même beaucoup de conformisme dans les mouvances anti conformistes.
Merci de pousser la figure de l’enfant qui joue et qui remet en question.
Merci pour cette prise de position un peu à contre courant et donc rafraîchissante ! Le modèle finlandais, par exemple, pense l'enfant depuis l'organisation du travail des parents, l'égalité femme/homme, mais aussi l'urbanisme (parcs de jeux +++ et circulation pensée pour que les enfants puissent aller à l'école en autonomie très tôt, et bien sûr aussi l'approche éducative non violente, et la pédagogie. C'est effectivement un tout et c'est une question politique.